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A propos du 14 mars

Aujourd’hui, ma fille fête ses 8 ans.

Il y a 8 ans, quelques semaines après sa naissance, nous plantions la parcelle appelée « La Julienne ». J’ai pris l’habitude de souhaiter un joyeux anniversaire à la Julienne le jour de l’anniversaire de ma fille, laquelle me demande souvent des nouvelles de la Julienne, comme si c’était sa soeur.

Ce 14 mars, j’ai offert à la Julienne ses 1ers coups de sécateur pour la taille de cette année (et des playmobils à ma fille). Et en tentant de me cultiver en écoutant la radio pour occuper la solitude de la taillerie, j’ai appris que le 14 mars était le jour de Pi (3/14 en datation à l’américaine) et le jour de naissance d’Albert Einstein. Nulle doute qu’avec de telles auspices, ma fille (qui m’a récemment expliqué – schéma à l’appui- les avantages du montage électrique en parallèle sur le montage en série), nulle doute donc qu’elle soit promise à un brillant avenir.

Nul besoin en revanche de connaissance en sciences physiques pour tailler. De l’endurance, et une certaine forme d’abnégation, suffisent. Et quand je commence à tailler la Julienne, c’est que je tiens le bon bout ! ça tombe bien, car le 14 mars, c’est aussi ma fête !

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anniversaire champagne

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A votre avis, qu’est-ce qu’on boit ce soir ?!

Mon best of janvier-février 2018

J’ai cru que la météo de mon téléphone, qui indiquait un ressenti de – 16° ce matin à Bouzy, me faisait une mauvaise blague. Mais non, c’était bien le Moscou-Paris qui venait nous balayer. Une matinée pour rester au bureau et vous proposer en photo mon best of de ce début d’année !

saint vincent champagne

Le 22 janvier, on a célébré comme il se doit notre Saint Patron.

assemblage champagne

Début février, c’était le moment si attendu et si important de l’assemblage.

champagne grand cru

Assemblage qu’il a fallu réaliser en cuve quelques jours plus tard.

neige coteau

Les chutes de neige nous ont offert des paysages magnifiques sur le coteau de Bouzy.

Où je parle de John Lennon, de minitel et d’un gros engin. Et surtout d’hommage.

1971 : John Lennon sort Imagine, la Grande Bretagne rejoint le marché commun, Eddy Merckx gagne son 3ème Tour de France. Mon grand-père Jean a 53 ans et plante « La Loge » en pinot noir. Mon père a 20 ans (et pas encore sa moustache).

1972 : les Nations Unies organisent leur 1ère conférence sur l’environnement, Michel Polnareff chante « On ira tous au paradis » et Stanley Kubrick sort Orange Mécanique. Mon grand-père plante « Les petits cercets ».

La Loge et les petits Cercets ont connu les années 70 et les fusées Apollo, puis les années 80 et le lancement du Minitel ; les années 90 et les balbutiements d’internet, les années 2000 et le développement du téléphone portable. Elles ont connu mon père sans moustache et quand je suis née, elles avaient déjà 9 et 10 ans, l’âge de la belle vigueur pour une vigne. On pourrait croire qu’elles ont traversé les décennies impassiblement, que les remous du monde ne les ont pas atteintes.

Je ne crois pas. Elles ont vécu au fond de leur être le changement climatique, et tout ce que cela dit sur notre société. Au début des années 70, dans leur petite enfance, la date moyenne de début de vendanges en Champagne était fin septembre. Maintenant, à l’âge de leur retraite, c’est aux alentours du 10/11 septembre. Elles ont aussi connu les gadoues et le désherbage chimique en plein. En 2017, elles n’étaient plus désherbées chimiquement depuis plus de 10 ans. Courant octobre, j’ai fait venir un gros engin sur chenilles avec des griffes pour les arracher. Il le fallait : je pestais contre leurs installations vieillissantes, contre leur vigueur qui déclinait. Et puis ça fait partie de la vie d’une exploitation : il faut régulièrement rajeunir le parcellaire, arracher les vignes âgées pour les remplacer par des jeunes plantes.

Cet arrachage, c’est l’occasion de remettre les choses en perspective – en plus de se remémorer le minitel tout en sifflotant du John Lennon – : j’arrache deux vignes plantées par mon grand-père, deux vignes chargées d’histoire, deux vignes qui ont vécu plus que moi. En 2019, je replanterai la Loge et les petits Cercets. Et très vraisemblablement, je prendrai ma retraite avant elles. Je les ferai grandir, je les cultiverai année après année mais je ne les arracherai pas.

La Loge et les petits Cercets ne sont pas mortes. Leur sol, leur terroir, sont toujours là et vont continuer à s’exprimer, à travers mon travail et ce que la nature nous apportera. L’hommage est surtout pour le travail de mon père et de mon grand-père. Pour donner vie à l’héritage de leur travail,  j’ai vinifié séparément cette année les Petits Cercets. D’ici 3 à 4 ans au moins, la maturité de leurs Pinots Noirs se révèlera dans une cuvée dédiée. Quant à la Loge, ses grappes ont été triées à la main pour élaborer le Bouzy Rouge 2017, très prometteur !

arrachage vigne

L’évanescence de chaque bulle de Champagne contient des années de travail.

 

 

Début véraison

Chez les vignerons, début véraison rime avec début de décompression ! Les premières baies vérées commencent à se voir dans nos vignes. On va pouvoir lever le pied, laisser la nature faire son boulot et profiter de quelques jours de vacances. Avec la reprise en ligne de mire : début véraison rime aussi avec prévisions (des dates de vendanges). La cueillette se profile pour les tous premiers jours de septembre !

Bel été à vous !

champagne plener bouzy

La véraison, c’est la coloration des baies.

champagne grand cru bouzy

Pinot Noir, dans la parcelle des « Monts des Tours »

Fin de fleur

Les fortes chaleurs des dernières semaines ont fait pousser les vignes à une allure folle. La fleur est déjà presque terminée partout, et le palissage le sera d’ici quelques jours.

On sait donc déjà que les vendanges démarreront dans les tous premiers jours de septembre. Comme la rentrée scolaire !

fleur vignes champagne

Début de fleur à « La Pierre Aigue », vers la fin mai.

vignes en fleur

Aujourd’hui, aux « Cercets », la fleur est presque terminée et les grappes sont au stade « nouaison ».

Parfois, on se croirait au printemps

La plupart des matins sont très frais. La plupart des journées sont grises. Les nuages et le vent ne se font pas oublier.

Mais parfois, comme ce matin dans la parcelle des « Cercets » pour l’ébourgeonnage, on se croirait au printemps (mais ça n’a pas duré 😉 )

champagne plener bouzy

Mornings are often chilly, days are often cold, windy and cloudy. But today, it felt like spring when I was disbudding at the plot called « Les Cercets » !

enherbement champagne

But the spring feeling did not last long …

ça pousse !

vigne enherbée champagne

La Brousse, injustement pas assez en photo sur ce site. Elle le mérite pourtant !

Bourgeon de chardonnay, déjà bien sorti !

Bourgeon de chardonnay, déjà bien sorti !

Travailler longtemps pour que l’instant soit beau

La taillerie, vous le savez, c’est un travail de longue haleine. Nous commençons dès novembre pour finir fin mars, consacrant presque chaque heure de chaque jour à tailler un à un nos ceps, quel que soit le temps. C’est un travail répétitif et fatigant. Usant. Mais quand le temps n’est pas trop mauvais, je mesure ma chance : c’est un travail qui ne génère pas de stress, c’est un long labeur qui n’obéit pas à l’instantanéité et immédiateté qui tyrannisent notre société. Ce sont de longues heures propices à la réflexion. Je commence une route et je laisse aller mes pensées.

Après avoir découvert l’année dernière que les tyrannosaures avaient des plumes, mes pensées ont vagabondé cette année sur la mesure du temps, du temps qu’il faut pour produire une bouteille de champagne et du temps qu’il faut pour la déguster. Le premier prend des dizaines d’années. Le deuxième est un instant presque éphémère à l’échelle du premier. Et je trouve que c’est là toute la chance et la beauté de mon métier. Je m’explique.

Quand on plante une jeune vigne, c’est pour 40 ans au moins. La plupart de nos vignes sont donc plus âgées que moi. C’est pour cela que je les respecte : elles ont vécu plus de saisons que moi. Et c’est aussi pour cela que j’encourage et que je veille sur les plus jeunes comme sur mes propres enfants. Donc, le temps des vignes est long.

Le temps du travail qu’on leur consacre l’est aussi. La taillerie en est le meilleur exemple : pied après pied, on avance doucement. Le temps de la vinification et du vieillissement en cave est long aussi : chez nous, il dure au moins 4 ans. Et quand enfin les bouteilles sont prêtes, après ces années de travail et de patience, vient le temps de la dégustation.

Le Champagne est un vin d’instant : un instant joyeux souvent, un moment qu’on célèbre. Au regard du temps que chaque bouteille renferme, c’est un instant éphémère.

Alors vous me direz que je finis par divaguer en taillant. En fait, je pense que je me suis trouvée une excellente motivation : la conviction qu’en faisant le meilleur travail possible, l’instant Champagne ne sera pas éphémère mais restera au contraire dans vos mémoires comme un très bon souvenir, lié à un beau moment accompagné d’un excellent Champagne. En taillant sous une pluie très froide qui me faisait trainer des kilos de boue sous mes bottes, dont le poids me cassait le dos, j’ai pensé que tout cela valait la peine si dans quelques années, l’un ou l’une d’entre vous ouvrait une bouteille de Champagne Plener pour célébrer un moment particulier et que la beauté de cet instant persistait dans son souvenir pour encore de nombreuses mois. Alors, tout mon travail en vaut la peine.

Mais tout de même : la taillerie, pour cette saison, c’est fini : ça, c’est un moment joyeux qui mérite un instant Champagne ! (et hop, la boucle est bouclée !).

champagne bouzy

Sous la pluie avec des kilos de boue sous les pieds (à « la Julienne »)

taille vigne champagne

ou quelques jours plus tard en manches courtes sous le soleil (aux « Monts des Tours »)

champagne grand cru

au bout du compte, l’essentiel est de finir et de contempler le travail accompli (à « la Pointe », aujourd’hui !)

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